Note d'intention

Benedikt Erlingsson présente Woman at War : "Ce film vise à être un conte héroïque se déroulant dans notre monde où la menace est imminente. Un conte héroïque à la manière d’un récit d’aventure. Un conte de fée sérieux mais raconté avec le sourire. Notre héroïne est une Artémis moderne, protectrice des contrées vierges et du monde sauvage. Seule, confrontée à une planète qui change rapidement, elle endosse le rôle de sauveur de la terre mère et des générations futures. Notre point de vue est très proche de celui de notre héroïne, voilà pourquoi nous accédons à sa vie intérieure. [...] C'est un film sur une femme qui s'efforce d'être quelqu'un."

Dompter la nature

À l'instar de son précédent et premier long métrage Des chevaux et des hommes, Benedikt Erlingsson met en scène dans Woman at War des personnages qui tentent, en vain, de dominer la nature : "Il est clair pour moi que les droits de la nature doivent être considérés au même niveau que les droits de l’homme, et c’est effectivement une idée qui imprègne les deux films. [...] les droits de la nature doivent être défendus par des lois nationales, inscrites dans toutes les constitutions, et par des lois internationales."

Le choeur

Woman at War a la particularité de montrer à l'écran les musiciens alors qu'ils jouent la bande originale du film. Pour le réalisateur, ils sont comparables à un choeur grec qui s'adresse autant à l'héroïne qu'au public, soulignant par un morceau les décisions importantes. Cette mise en scène permet également un effet de distanciation : "Ce concept a été attribué à Bertolt Brecht mais il remonte loin dans l’histoire du théâtre et du spectacle. On pourrait dire qu’à chaque fois qu’un musicien joue à l’écran, c’est le réalisateur qui met des guillemets à la séquence, nous rappelle que nous sommes dans une fiction et que derrière ce simulacre il y a un message ou une conclusion que devra saisir le spectateur en s’appuyant sur ce qu’il voit. A travers ce dispositif, je veux arriver à un accord avec le spectateur à propos du type de film dont il s’agit et des lois qu’il respecte. C’est un conte de héros, dans un monde saturé de conte de héros qui sauvent le monde. J’appartiens à ces spectateurs qui pourraient peut-être avoir besoin d’un coup de pouce original pour accepter de s’en remettre à ce genre de conte." 
 
Un avis :
 

Armée d’un arc, de flèches et d’un câble télescopique, Halla, la cinquantaine, dézingue les pylônes électriques qui alimentent une fabrique d’aluminium et joue à cache-cache dans la lande islandaise avec les drones de la police, en mode Rambo au féminin. A la ville, cette super-héroïne de l’activisme écolo dirige une chorale et cherche à avoir un enfant. Autour d’elle, une sœur jumelle, prof de yoga, un fermier misogyne qui a baptisé son chien Woman, un groupe de musiciens et choristes qui font office de chœur antique…

La fantaisie avec laquelle le réalisateur Benedikt Erlingsson ("Des chevaux et des hommes") raconte l’époque évoque le mariage de Wes Anderson avec le Kusturica des belles années. Culotté, barré, généreux, "Woman at War" (prix SACD de la Semaine de la Critique) trouve dans le visage de sa guerrière des temps modernes (exceptionnelle Halldora Geirhardsdottir) le contrepoint sensible à son humour pince-sans-rire et à la majesté des paysages. N. S.

Note d'intention

Le réalisateur s'est inspiré d'un appel au 112 d’une femme kidnappée dont il a été témoin. Assise dans une voiture à côté de son ravisseur, elle devait parler en langage codé. Rien qu'en entendant la voix de cette femme, le réalisateur pouvait imaginer la situation : "J’ai compris que chaque personne écoutant cet enregistrement verrait des images différentes : une femme différente, un kidnappeur différent, etc… C’est là que je me suis dit : et si on utilisait cette idée d’images mentales dans un film ? Au cinéma, on peut créer tout un univers à l’intérieur d’une seule pièce. Avec The Guilty, j’espère avoir réalisé un thriller haletant, qui offre à chaque spectateur une expérience qui lui est propre".

À l'origine, un podcast

Pour The Guilty, le réalisateur s'est inspiré d'un podcast de journalisme d'investigation, Serial, diffusé en épisodes hebdomadaires, à la manière d'un feuilleton radiophonique. Lors de sa première saison, Serial revenait sur l'assassinat d'une jeune fille, Hae Min Lee, dont le petit ami était accusé : "À chaque épisode, on recevait de nouvelles informations sur l’affaire et le suspect et ce qui est intéressant, c’est que ces informations changeaient à chaque fois, modifiant ainsi les images qu’on se faisait de l’environnement enregistré. Je m’en suis inspiré pour The Guilty : le film commence d’une certaine façon, afin que les spectateurs se créent une image et ensuite, au fur et à mesure que l’on expose plus d’informations sur l’affaire… [...] Au cinéma, on est assis dans une pièce avec d’autres personnes et ça devient l’extension de cette pièce sur l’écran. J’aimerais qu’en regardant le film, on se sente dans la même pièce que les personnages".

Huis clos et météo

Pour préparer The Guilty, Gustav Möller a visionné des films dont les héros sont constamment au téléphone, tels que LockeBuried et Phone Game. Il a également revu des huis clos, dont Un après-midi de chien et 12 Hommes en colère : "j’ai été impressionné par la façon dont Sidney Lumet utilise la météo. On a chaud pendant tout le film. Nous, nous avons choisi la pluie. Le bruit de la pluie est l’un des meilleurs sons qui soient pour créer une sensation. Il suffit de l’entendre pour avoir l’impression d’y être. Nous avons différents types de pluie dans le film. Au début elle est agressive, avec une pluie qui frappe fort et des essuie-glaces".
Un avis :

L'argument : Une femme, victime d’un kidnapping, contacte les urgences de la police. La ligne est coupée brutalement. Pour la retrouver, le policier qui a reçu l’appel ne peut compter que sur son intuition, son imagination et son téléphone.

Notre avis : Ce premier long métrage d’un jeune réalisateur danois a fait un tabac dans les festivals (Sundance, Rotterdam et Beaune) où il a été présenté, glanant plusieurs prix mérités. Au vu du pitch et des informations sur sa prouesse technique (un huis clos dans deux pièces d’un commissariat, et une caméra qui filme presque exclusivement un acteur cerné en plan fixe), on pouvait avoir un a priori mitigé quant au résultat final : n’aurait-on pas affaire à un simple exercice de style, brillant mais un peu vain, comme le furent La Dame du lac (1946) de Robert Montgomery (entièrement tourné en caméra subjective), à l’âge d’or du film noir ou, en 2014 Locke de Steven Knight, dont l’intrigue se situait uniquement au volant d’une voiture ? Nos craintes sont vite dissipées tant The Guilty s’avère être un polar à suspense d’une redoutable efficacité, tout autant qu’une œuvre fascinante dans son dispositif.

Thriller dont le hors champ est essentiel, le film bénéficie d’un scénario élaboré tout en étant d’une fluidité remarquable, loin de l’esbroufe de maints blockbusters d’action. L’acteur Jakob Cedergren n’est pas pour rien dans la fascination exercée par le film, dégageant un charisme et permettant l’identification du spectateur à un policier qui ne quitte jamais l’écran et dont la personnalité dévoile une grande humanité, tout autant que des failles qui n’en rendent que plus ambigüe la narration. Alors, qu’importent quelques invraisemblances (notamment le manque de coordination des postes de secours), ou un certain pathos dans la caractérisation psychologique des protagonistes : The Guilty est une perle noire qui fera date.

Gérard Crespo - ÀVoir-ÀLire