Freddie Mercury

 

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La musique de Queen est très présente dans Razzia. Pour le réalisateur, Freddie Mercury représente un "modèle que j’ai pu avoir à un moment où, comme tout le monde, je me cherchais une identité. Le jour où on comprend, comme moi après avoir porté avec difficulté le fait de n’appartenir à aucun clan, que l’on est pas obligé d’avoir une seule identité mais qu’on peut vivre avec plusieurs, on se sent déjà beaucoup mieux. Et puis l’explosion de Freddie Mercury a coïncidé avec mon propre coming out sur le monde. J’avais envie de lui rendre hommage à travers l’idée qu’un gamin de la Médina de Casablanca ait pour modèle un type comme Freddie Mercury."
 

 

 

 L'après Much Loved

 

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Le précédent film de Nabil Ayouch, Much Loved, a suscité une vive polémique à sa sortie, au point d'être interdit au Maroc. Si le tournage de Razzia n'a pas été gêné par les autorités, le réalisateur a toutefois été confronté à plusieurs incidents, comme "des décors qui tombent à la dernière minute, des seconds rôles qui font défaut, des syndics d’immeuble qui nous refusent l’accès, de l’agressivité, de la méfiance…"
 

 

 

 

Quand la réalité rejoint la fiction

 

 

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Maryam Touzani interprète une femme enceinte qui hésite à garder son enfant. Par une troublante coïncidence, l'actrice a découvert sa grossesse pendant le tournage : "(...) j’ai dû porter un faux ventre et, cette fois encore, je jouais sans savoir que j’étais enceinte. Ce n’est pas anodin car, ce ventre, je m’y suis attachée et je l’ai même gardé: il est encore à la maison dans une boîte. (...) Et c’était encore plus troublant quand nous avons tourné la scène au hammam quand Salima tente de se faire avorter en se faisant masser. C’est précisément la veille que j’ai appris que j’étais enceinte de deux mois. Or, Nabil avait engagé une femme dont c’est le travail, dans la vraie vie, de pratiquer des massages comme celui qu’on voit dans le film. Avant de commencer la scène, il est allé la voir pour lui dire que j’étais vraiment enceinte. La femme était comme paralysée, terrorisée à l’idée de me toucher, mais il fallait bien tourner la scène… Ce qui est vertigineux, c’est qu’à un jour près, nous aurions pu tourner la scène, et que j’aurais pu perdre l’enfant, avant même d’avoir eu conscience de ma grossesse."
 
 
Afficher l'image d'origineUne critique :

En 2015, avec le très controversé - interdit au Maroc - Much loved Nabil Ayouch dénonce sans concession les travers de la société marocaine à travers le mépris affiché pour une prostitution taboue et condamnée bien que largement répandue. Malgré les menaces, les insultes et les controverses, il continue à clamer haut et fort son intention de pointer du doigt l’oppression dont sont victimes les minorités en suivant le destin de cinq personnages, tous différents, mais qui ont en commun d’être réunis par un même sentiment d’étouffement et un même désir de liberté, palpable et concret, symbolisé par le poème berbère qui ouvre le film.

Le récit démarre en 1982 dans un petit village au cœur de paysages merveilleusement filmés du Haut-Altas où un jeune instituteur dévoué dispense un enseignement exclusivement en berbère, la seule langue comprise dans ce coin isolé du Maroc jusqu’à ce qu’une décision gouvernementale l’oblige à n’adopter que l’arabe classique. C’est pour lui le début d’une longue désillusion qui le pousse à laisser sa place à des professeurs venus des pays du Moyen-Orient qui ne se contentent pas d’apporter avec eux la langue mais aussi et surtout leur idéologie accompagnée d’un islam salafiste bien moins ouvert et tolérant que l’islam marocain jusqu’à poser, l’espace de trois décennies, les bases d’une colère grandissante symbolisée par la ville de Casablanca, personnage à part entière, bruyante et désordonnée mais aussi rebelle et bouillonnante à l’image d’une jeunesse qui se débat au milieu de paradoxes exposés avec humour et délicatesse.

Mettant une fois encore sa sensibilité au service de l’humain, Nabil Ayouch balaie d’un regard tendre mais déterminé les dysfonctionnements sociétaux, à travers les trajectoires de ses personnages : Inès, jeune fille issue d’un milieu privilégié qui ne s’exprime qu’en français et se trouve ainsi coupée d’une partie de la population malgré elle, Salima (interprétée avec brio par Maryam Touzani également co-scénariste), marchant court vêtue et cheveux au vent, a toute l’apparence de la jeune femme moderne. Le couple qu’elle forme avec un mari instruit et évolué ne tarde pourtant pas à soulever le problème de la place de la femme et de ses droits dans une société de plus en plus traditionaliste. Pendant qu’Hakim bercé par la musique de Freddie Mercury et à l’homosexualité discrète se heurte à la vision rétrograde des opposants à toutes formes de libertés, Joe le restaurateur juif de plus en plus confronté à l’opposition des religions se console en rêvant au mythe factice du film Casablanca de Michaël Curtiz tourné entièrement en studio aux Etats-Unis. Un lacis de déchirures individuelles qui, additionnées les unes aux autres, forment une majorité silencieuse, celle-là même à qui le réalisateur tient à donner la parole dans l’espoir de faire progresser la modernité dans un pays tiraillé entre traditions et tentative d’ouverture à la culture occidentale.
S’appuyant sur une lumière de toute beauté qui nous abreuve à jet continu de paysages sublimes, une réalisation sans temps mort et une interprétation impeccable, Nabil Ayouch sait faire naître subtilement l’émotion à coup de sentiments à peine suggérés et de regards détournés.
Poussé par l’amour qu’il porte à son pays et sûr de la capacité du peuple à construire un nouveau modèle de société, il signe une mise en garde universelle et puissante contre l’intolérance progressive qui gagne non seulement son pays mais le monde entier.