Le titre


 

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Gaya Jiji a choisi d'intituler son premier long métrage Mon tissu préféré car il s'agit d'un film sensoriel : "Le tissu touche le corps. Mon tissu préféré, c’est le désir pour Nahla, l’héroïne, que son corps soit touché par une étoffe particulière, un désir qui est un choix. Son choix".
 

 

 

 

Le choix de l'actrice principale

 

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Le rôle principal est incarné par Manal Issa, une actrice franco-libanaise et non syrienne. Il a été difficile pour l'équipe de trouver une comédienne moyenne-orientale, notamment en raison des scènes de nudité. Après avoir casté en vain des actrices syriennes, la réalisatrice, qui vit en France, a rencontré Manal Issa qu'elle avait vue dans Peur de rien et Nocturama.

 

 

 

Identité

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En s'inspirant de son expérience personnelle et de celles de ses amies, la réalisatrice a souhaité avec Mon tissu préféré s'intéresser à la recherche d'identité dans une société et un pays : la Syrie, qui oppriment les femmes et leurs désirs. Au-delà de la question de la sexualité, il s'agit de "l’affirmation de la place qu’on nous donne, et par conséquent qui suis-je, dans une société où je suis privée de tout. Je n’ai pas la liberté d’expression. Je n’ai pas la liberté physique de faire tout ce que je souhaiterais. Je n’ai même pas le droit de rêver, parce que le rêve optimal d’une femme au Moyen-Orient, c’est se marier et avoir des enfants", explique Gaya Jiji.
 
 
Afficher l'image d'origineUne critique :

Mars 2011, quelque part dans la morne banlieue de Damas : Nahla, jeune femme mutique à la colère sourde, traîne son ennui existentiel tandis que le pays s’enfonce dans une répression de la révolution qui promet des jours encore plus sombres.

Pour son premier film, la jeune réalisatrice Gaya Jiji, exilée de Syrie depuis 2012, est allée puiser dans ses souvenirs de jeune femme contrariée dans l’expression de ses désirs tout en se risquant à une évocation de son pays, quelques semaines avant qu’il ne bascule dans une guerre aussi complexe qu’interminable.

Le résultat témoigne d’un bel équilibre entre ces deux dimensions, inscrivant le parcours intime d’une Syrienne désillusionnée dans les lendemains précaires de son pays. Sans jamais user de la force symbolique qu’un tel sujet convoque ni même tenter de cerner les tenants et les aboutissants du chaos politique à venir, la réalisatrice prend le parti de se focaliser sur son personnage principal, incarné avec une force contenue par Manal Issa. À l’image de cette scène où elle partage un taxi collectif et impose aux autres voyageurs d’ouvrir sa fenêtre parce qu’elle manque d’air, Nahla mène une lutte pour s’extraire d’un cadre étouffant. Mais contre quoi lutte-t-elle exactement ? Elle ne le sait pas exactement – du moins, elle ne semble pas dans l’optique de le formuler, ses pensées nous restant la plupart du temps inaccessibles – si ce n’est qu’elle ressent son corps prêt à exploser, malmené par une somme de désirs inassouvis, cadenassé par une société patriarcale et conservatrice qui oblige les femmes à taire ce qu’elles sont.

La déflagration promise par la tension dramatique est autant celle d’un pays qui va sombrer sous peu dans l’anarchie que celle d’une jeune femme qui n’arrive plus à faire semblant, se dérobant à un mariage arrangé avec un exilé ou rejetant en bloc ce que l’ordre social attend d’elle.

La dynamique de la mise en scène du quotidien de Nahla s’organise essentiellement autour de deux axes : d’un côté, le cadre serré que la réalisatrice délimite autour du visage ou du corps de la protagoniste, comme pour mieux renforcer son sentiment d’asphyxie ; de l’autre, son regard à elle, toujours orienté vers un hors-champ flou et informe sur lequel elle ne semble avoir aucune prise.

Si Gaya Jiji a judicieusement intégré à son montage quelques images d’archives de la Syrie avant qu’elle ne soit détruite par les bombardements, inscrivant ainsi sa fiction dans une réalité documentaire, la réalisatrice sait tirer parti de ne pas pouvoir filmer son pays tel qu’il était en 2011 : le territoire meurtri devient alors un lieu vague et opaque d’où surgissent quelques fulgurances sensorielles qui prennent la forme d’inserts oniriques au cours desquels Nahla caresse le corps dénudé d’un amant anonyme.

Ces échappées ouvrent quelques perspectives à ce morne quotidien, vite limité à un appartement trop exigu où les femmes (une mère envahissante, deux sœurs résignées) passent leur temps à se chamailler parce qu’elles souffrent de ne pas trouver une place et une reconnaissance à l’extérieur. Comme une provocation face à la bienséance requise, la jeune femme finit par s’échapper du giron familial en se liant d’amitié avec Madame Jiji, voisine installée deux étages plus haut et tenancière bienveillante d’une maison close.

Ici plus qu’ailleurs, Nahla y trouve un refuge où le toucher et le contact physique (que symbolise le titre du film, à la fois simple et imagé) prennent une dimension toute politique.

 


Clément Raminiès, Mon tissu préféré, critikat.com, 17 juillet 2018

 

 

 Adaptation


 

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Si Leave No Trace s'inspire d'une histoire vraie, il s'appuie en réalité sur le roman de Peter Rock qui, fasciné par le mystère qui entoure ce père et sa fille, en a tiré une fiction où il imagine des détails impossibles à connaître. Ce sont les productrices Linda Reisman et Anne Harrison qui ont proposé ce roman à Debra Granik et sa collaboratrice de longue date, Anne Rossellini.
 

 

 

 

Shakespeare

 

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Pour le duo formé par Will et Tom, la réalisatrice est allée chercher du côté de Shakespeare et des personnages de La Tempête, Prospero et Miranda, un duc déchu et sa fille qui se retrouvent sur une île déserte : "Je suis très attirée par la façon dont les classiques content les relations humaines, la façon dont les gens se complètent. Les personnages de cette histoire prennent soin l'un de l'autre, et leurs pensées se croisent pour grandir dans la tête l'un de l'autre. Dans cette relation parent-enfant, parfois Tom doit prendre le rôle de l'adulte. Parce que son père a ses propres problèmes psychiatriques. Son rôle à lui c'est de tenter de lui apprendre tout ce qu'il sait d'utile".

 

 

Trouver Tom

 

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La Néo-Zélandaise Thomasin Harcourt McKenzie, vue dans Le Hobbit : La Bataille des cinq armées, est arrivée sur le projet via une vidéo d'audition envoyée aux directeurs de casting Kerry Barden et Paul Schnee. Bien que ses essais aient marqué la réalisatrice, celle-ci était rebutée à l'idée d'engager une actrice qui ne soit pas originaire de la région. Mais après avoir auditionné de nombreuses autres comédiennes, en vain, l'équipe s'est tournée vers McKenzie.
 
 
Afficher l'image d'origineUne critique :

Ce film attachant est adapté de L’Abandon, roman de Peter Rock (éditions Points, 2012), lui-même tiré d’un fait divers. Une fille et son père avaient été découverts par les autorités alors qu’ils se cachaient depuis quatre ans dans un parc naturel qui bordait une banlieue. Le projet cinématographique a été proposé à Debra Granik et sa coscénariste Anne Rosellini. Il n’est pas surprenant que la cinéaste ait accepté l’aventure, tant on retrouve l’univers de Winter’s Bone, son film le plus célèbre, qui relatait la lente et intrigante quête initiatique d’une jeune fille au cœur d’une forêt isolée. Si la lecture du synopsis évoque le surprenant Captain Fantastic de Matt Ross, le ton adopté par Granik est moins décalé, la cinéaste refusant tout ornement fantaisiste et jouant la carte de la noirceur, sans toutefois s’enfoncer dans un naturalisme glauque. Et plus qu’une réflexion sur la cellule familiale et les contrastes entre des modes de socialisation en conflit, le récit se concentre sur un rapport père/fille, fusionnel et extrême, jusqu’au contact avec la société qui distillera le doute chez une jeune fille en phase de construction.

La réalisatrice se garde bien de tout manichéisme, évitant d’opposer « nature » et « civilisation », tradition et modernité. Si l’intrusion des policiers et le paternalisme d’une assistante sociale souhaitant « prendre en charge » Tom et son père révèlent les excès d’une société normative refusant toute atteinte au conformisme, le regard porté sur leurs pairs est bien plus nuancé : le jeune ado éleveur de lapins avec lequel Tom ébauche une amitié, ou la propriétaire de mobile homes (l’excellente Dale Dickey) qui héberge un temps Will et sa fille témoignent d’une bienveillance et semblent emblématiques d’une ligne médiane entre la misanthropie du père et la rigidité de tout un pan de la société américaine. « Il y a toujours eu, et il y aura toujours des conteurs d’histoire qui se demandent ce qu’il se passe à la marge […] C’est parfois vu comme non conventionnel, de ne pas avoir de violence ou de sexe dans un film. Mais beaucoup de personnes à la marge vivent avec des questions plus fondamentales, où vivre par exemple », a déclaré Debra Granik.

Adoptant une structure classique dans sa construction narrative et l’élaboration des enjeux psychologiques et sociétaux, elle ne glisse pas pour autant sur la pente académique d’un certain cinéma indépendant, et témoigne d’une réelle originalité et de sens plastique, notamment dans l’utilisation des paysages de l’Oregon : on retiendra surtout les scènes dans lesquelles Will apprend à sa fille les rudiments de l’existence dans une réserve, de la construction d’un feu à la cueillette de champignons, en passant par la course dans les bois sans « laisser de traces ». Bien épaulée par son chef opérateur Michael McDonough, la réalisatrice donne alors à son film une teinte de « survival documentaire » qui n’a rien à envier à Seul au monde de Robert Zemeckis ou Arctic de Joe Penna, et contribue à la réussite du métrage. Il n’est pas superflu d’ajouter que les deux interprètes irradient l’écran : Thomasin McKenzie est une révélation, et Ben Foster prouve après Comancheria qu’il a l’étoffe des plus grands.


Gérard Crespo, Leave no trace, avoir-alire.com, 12 septembre 2018