Signification du titre

 

Ruben Östlund se confie sur le choix du titre de son film, The Square (le carré) :

"Le titre du film, The Square, tient son nom d’un projet artistique que nous avons exposé au Vandalorum Museum, dans le sud de la Suède. Cette exposition qui illustre l’idéal de consensus censé gouverner la société dans son ensemble, pour le bien de tous, est devenue une installation permanente sur la place centrale de la ville de Värnamo. Si l’on se trouve à l’emplacement du Carré, il est de son devoir d’agir – et de réagir – si quiconque a besoin d’aide. Ce qui est nouveau, c’est seulement la manière que nous avons choisie d’évoquer ces valeurs. Le carré est un espace aux valeurs altruistes, fondé selon l’éthique de réciprocité commune à presque toutes les religions (la « règle d’or » : ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse)."

 

 

 

 

 

La Planète des Singes dans The Square ?

 

Au milieu d’un grand dîner officiel, les invités se taisent tout à coup. On pose ses couverts, on rajuste sa cravate, on se redresse sur son siège, pour admirer l’attraction de la soirée. Au milieu des costumes guindés et des robes de soirées, un homme s’avance, torse nu, dans une posture étrange. Tantôt à quatre pattes, tantôt debout, il marche avec des béquilles aux avant-bras. Après avoir contourné quelques tables dans un silence embarrassant, il se met à pousser des cris : ceux d’un singe.

Exactement comme aurait pu le faire un chimpanzé lâché dans cette même salle, il examine son environnement, fixe à son tour ces centaines de personnes qui ne le quittent plus du regard, se dirige facétieusement vers un invité de son choix, et se met à le chahuter. cette séquence pour le moins originale met en scène un acteur que vous avez certainement déjà vu à l’écran sans jamais vous en douter. En effet, Terry Notary, ce personnage hors du commun qui est allé jusqu’à "faire le singe" en montant les marches du Grand Palais, s’est distingué dans de nombreux blockbusters depuis plusieurs années.

Comédien, cascadeur et coach de mouvement, Terry est avant tout un artiste unique au monde. Outre le rôle de Rocket, qu’il a repris au mois d’août 2017 dans La Planète des Singes – Suprématie, il a ainsi incarné plusieurs Gobelins dans la trilogie du Hobbit, un Orc dans Warcraft, le banshee de Jake Sully dans Avatar, mais aussi et surtout des primates. C’est ainsi qu’il a pu prêter ses traits et ses mouvements à l’imposant Kong de Skull Island, avant de se montrer à visage découvert pour la toute première fois dans The Square, Palme d’Or à Cannes cette année.

 

 

 

 

Après la Palme, l'Oscar ?

 

 

C’est sans surprise que le film de Ruben Östlund, dernier lauréat de la prestigieuse Palme d’Or du Festival de Cannes, a été choisi par la Suède pour tenter sa chance à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Il est déjà l’heure de choisir son film pour chaque cinématographie mondiale et c’est donc sans surprise qu’on apprend grâce à l’Institut Suédois du Film que celui de Ruben Östlund, The Square, a été retenu pour concourir sous la bannière suédoise. Lauréat de la Palme d’Or 2017, le choix semble tout indiqué pour le réalisateur.

C’est la troisième fois que Ruben Östlund tente sa chance puisqu’il avait déjà soumis sans succès Happy Sweden en 2009 et Snow Therapy en 2015. Une vidéo du cinéaste inconsolable en apprenant que son film ne figurait pas dans les cinq nommés était alors devenue virale. Espérons que l’Académie des Oscar lui offre une meilleure chance cette année.

 

 
Afficher l'image d'origineUne critique :

Jusqu’au soir du 28 mai dernier, à l’heure du palmarès cannois, Ruben Östlund n’était qu’un prometteur cinéaste venu de Suède, remarqué trois ans plus tôt pour son puissant et glaçant Snow Therapy. Il y était question d’un couple parti aux sports d’hiver avec leur jeune fils, d’une impressionnante coulée de neige venue s’échouer au bas d’une terrasse où les vacanciers déjeunaient au soleil et d’une scène de panique collective ayant profondément ébranlé les fondations affectives de ces trentenaires aisés, apparemment sans histoire. Devant le nuage de poudreuse qui s’était abattu sur les tables, l’homme avait fui sans se préoccuper des siens.

Creusant la veine de ce cinéma interrogeant éthique personnelle et responsabilité collective, Ruben Östlund a frappé encore plus fort avec The Square, projeté au troisième jour de compétition et reparti avec la Palme d’or du 70e Festival de Cannes. Hormis la « Palme des Palmes » honorifique décernée à son compatriote Ingmar Bergman en 1997, c’est la première fois depuis 1951 (et le Mademoiselle Julie d’Alf Sjöberg) qu’un réalisateur suédois obtient sur la Croisette la récompense suprême.

Voici donc le spectateur embarqué dans le quotidien de Christian (Claes Bang), élégant quadragénaire, directeur très en vue d’un musée d’art contemporain, qui s’apprête à faire sensation avec une nouvelle exposition qu’il veut révolutionnaire, une des manifestations par lesquelles l’art se rend apte à secouer les consciences et changer un peu les hommes. Le symbole de cette exposition est un simple carré dessiné au sol devant le musée, « sanctuaire de confiance et de bienveillance » dans lequel tous les humains disposeraient « des mêmes droits et des mêmes devoirs ».

Alors qu’il s’apprête à travailler à la promotion de cet événement, Christian doit cependant faire face à quelques contrariétés. Un petit groupe de pickpockets n’ayant pas peur des mises en scène publiques lui subtilise son téléphone portable et son portefeuille en pleine rue. En dépit des grands principes qu’il défend, Christian, aidé par un de ses collègues, espère récupérer son bien en optant pour la menace. Et ne se doute pas de l’engrenage dans lequel il met le doigt.

Passionné de psychologie sociale, imprégné par les études menées aux États-Unis dans les années 1960 et 1970 par Stanley Milgram (sur la soumission à l’autorité), puis Darley et Batson (l’expérience dite « du bon Samaritain »), Ruben Östlund signe une satire dérangeante, à la fois savante et percutante, de nos sociétés dominées par l’individualisme et la défiance envers les autres et l’État.

Déployant son scénario autour d’un projet d’exposition réellement mené à bien et d’un « carré » désormais posé de façon permanente au musée de Värnamo, le cinéaste s’interroge sur les limites de nos humanités ordinaires, affleurant sous le vernis civilisationnel : la lâcheté et le courage, l’éthique personnelle et la responsabilité collective, la confiance et la méfiance, le pouvoir dont on abuse et l’impuissance à se faire respecter…

Autour du comédien danois Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West, ainsi que le jeune et stupéfiant Elijandro Edouard, composent une affiche impressionnante, tous faisant la démonstration d’un jeu singulièrement affûté – une des grandes réussites du film.

L’une des scènes les plus époustouflantes de The Square repose pourtant sur la performance du cascadeur et spécialiste du mouvement animal Terry Notary. Dans le rôle d’un performeur engagé à l’occasion d’un dîner de gala au musée, celui-ci sème la terreur parmi les convives, imposant sa loi physique de grand singe dominateur à des invités en robes et smoking, piquant du nez dans leurs assiettes, incapables de couper court ensemble aux agressions dont ils sont victimes les uns après les autres. Cette longue scène stupéfiante, qui cloua les festivaliers sur leurs sièges en mai dernier, a sans doute valu sa palme à The Square.