Le fils d'un habitué de Lee


 

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Le rôle principal du long métrage est tenu par John David Washington, le fils de Denzel Washington. Ce dernier avait tourné sous la direction de Spike Lee dans Inside Man : L'Homme de l'intérieur (2006), He Got Game (1998), Malcolm X (1992) et Mo' Better Blues (1990). A noter que John David Washington était auparavant brièvement apparu dans Malcolm X.
 

 

 

 

Une adaptation

 

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BlacKkKlansman est adapté du livre de Ron Stallworth publié en 2014 et qui raconte l’histoire vraie d’un policier afro-américain - lui-même - qui, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, tente de faire tomber le Ku Klux Klan avec l’un de ses collègues. Né en 1953, Stallworth est actuellement à la retraite.

 

 

 

Une question importante

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Lorsque Spike Lee a rencontré Ron Stallworth, la première chose que le metteur en scène lui a demandé était :
"Je sais que tu l'as raconté dans le livre, mais comment ces gens du Klan que tu avais au téléphone pouvaient ne pas savoir… qu'ils parlaient à deux personnes différentes ? Ils te rencontraient en chair et en os – ils rencontraient le personnage d'Adam Driver en personne –, mais c'est toi qu'ils entendaient au téléphone !"
L'ex-policier lui a répondu : "Ils n'ont jamais rien remarqué."
Sachant cela, Lee a quand même écrit une scène où Ron essaie d'entraîner Flip à parler comme lui, car il savait que le public se poserait la même question.
 
 
Afficher l'image d'origineUne critique :

Pour mettre en accusation la grande Amérique – son sport préféré, et pour cause –, Spike Lee va raconter le temps des Black Panthers et du Ku Klux Klan, un temps ancien mais pas tant que ça.

Mais surtout la façon dont Ron Stallworth, un flic noir, va, sur un coup de tête, décider de se farcir les bouseux du Klan. Et pour ça, il va s’y infiltrer.

Enfin, pas vraiment.

Au téléphone, c’est lui - John David Washington, fils de Denzel - qui négocie et pour le contact physique, il envoie son collègue blanc - Adam Driver -, qui incarnera Stallworth à sa place. Une stratégie hasardeuse mais payante.

Ron est sans peur et sans reproche. Il est un héritier de la Blaxploitation mais sans les clichés encombrants, même si Spike Lee emprunte quelques codes visuels au genre, politique et hégémonique, du Black power.

Au vu du sujet et de celui qui le traite, on aurait pu imaginer un long-métrage plus offensif et plus ancré dans le thriller politique qu’il ne l’est au final. Pourtant, BLACKKKLANSMAN opte pour le mélange très déstabilisant des tons où le pouêt- pouêt d’une comédie policière côtoie, d’une manière parfois chaotique, le brûlot politique sans retenue.

Spike Lee négocie difficilement les virages comiques alors que son cinéma excelle dans le dramatique.

Reste que cette hétérogénéité bouscule, questionne et nous empêche de rester passifs. Spike Lee fait des choix de mise en scène audacieux : filmer des visages afro-américains inspirés et combatifs au son d’un discours militant avec des codes propagandistes ou demander à Harry Belafonte, venu rappeler au souvenir de jeunes activistes les horreurs du lynchage, de briser le quatrième mur dans le bluffant montage alterné d’un discours black power et d’une harangue white power.

La fiction ne peut probablement pas refléter à elle seule toute la colère de Spike Lee alors il emprunte d’autres moyens dialectiques. Il n’y a pas de mauvais choix artistiques pour critiquer Trump, le seul vrai but du film. Il met donc dans la bouche des suprémacistes des slogans dérivés de ceux du Président américain et redéfinit aujourd’hui comme la dystopie d’hier, laissant le spectateur suspendu à une question qui hante tout le film : « Comment en est-on arrivés là ? »

L’entreprise BLACKKKLANSMAN est forte, puissante, saisissante. De plus près, elle est pleine de scories – de son utilisation bordélique de la musique à un manque d’énergie à la mise en scène.

Mais la perfection est ailleurs, dans la manière dont Spike Lee, au chevet depuis trente-cinq ans d’une Amérique malade, sait mettre le bon pansement sur une plaie ouverte avec un film de réconciliation, enflammé et important.


Emmanuelle Spadacenta, Balckkklansman, cinemateaser.com, 21 août 2018